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Fouzi Zemrani : «Le tourisme national doit être pris au sérieux»

Fouzi Zemrani : «Le tourisme national doit être pris au sérieux»

Depuis toujours, le vice-président général de la Confédération Nationale du Tourisme -CNT- milite pour le développement du tourisme interne. Aujourd’hui, plusieurs actualités alimentent le sujet : fractionnement des vacances scolaires, campagne kounouz biladi, carte vacance… Fouzi Zemrani nous livre son point de vue sur ces différents sujets. Entretien.

Nouveau calendrier des vacances scolaire, trois zones à présent donc étalement de la période de vacances, c’est une bonne chose pour le secteur ?

Cette mesure est une excellente nouvelle puisque cela va décongestionner les périodes de vacances scolaires surtout pendant les vacances d’automne et du printemps. Tous les marocains ne vont plus partir en vacances en même temps. Ce qui va éviter le rush sur les routes et dans les établissements hôteliers.
Cela va aussi permettre de décaler ces périodes de vacances par rapport aux vacances scolaires internationales.
Nous avions milité pour cela depuis 2012. Le ministre du Tourisme a ensuite fait sa part en approchant le ministre de l’Education National qui avait pris l’engagement. Et nous sommes très contents que cet engagement a été tenu.

Cette nouvelle répartition géographique vous semble appropriée?

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’avec ce nouveau découpage des vacances, il va y avoir trois bassins émetteurs alors qu’en fasse il n’y a que deux principaux bassins récepteurs à savoir Marrakech et Agadir.
Il faudrait maintenant booster de façon formelle les vacances dans le Nord et l’Oriental où pour l’instant beaucoup de marocains se rendent mais exclusivement dans l’informel : location d’appartement ou chez la famille.
Il faudrait également développer des concepts comme « Nature et aventure » pour les nationaux vers des régions comme Dakhla ou le grand sud. Les paysages y sont fabuleux et les produits touristiques de qualité mais ils ne sont connus que par les étrangers et encore très peu par les marocains.

Ce concept de répartition des vacances scolaires a été calqué sur le modèle français…

Oui, nous n’avons rien inventé. On ne l’a pas fait auparavant car cela ne se justifiait pas mais depuis quelques années le pouvoir d’achat des marocains a augmenté et donc la demande a augmenté. Une répartition des vacances s’est donc imposée.
Cela va énormément décongestionner les routes, sauf lors des chassés croisés et cela va permettre également aux marocains de bénéficier de tarifs hôteliers plus attractifs.

Vous ne parlez que des avantages pour les touristes nationaux mais qu’en est-il des hôteliers et des agents de voyages?

Les hôteliers et les agents de voyage seront également de grands gagnants de ce nouveau système s’ils savent saisir l’opportunité en préparant des packages adaptés longtemps à l’avance. Nous pourrons également compter sur l’appui de l’Office national marocain du Tourisme qui vient de se doter d’un département de tourisme interne.
Il faut bien souligner que le tourisme national représente 28% des nuitées dans les établissements classés et que pour l’instant nous n’arrivons à glaner que 6% des touristes marocains qui voyagent. Il y a donc de la marge. Le marché marocain est le premier marché du pays. Il doit donc être pris au sérieux.

L’ONMT lance deux campagnes Bladi Fbali et Kounouz Biladi, qu'en pensez-vous?

D’abord il ne devrait pas y avoir deux campagnes, une pour les MRE et une pour les nationaux. Il aurait été préférable de faire une seule grande campagne nationale. Mais nous n’avons pas été consulté pour que l’on puisse donner notre avis.
Au niveau timing, il aurait été plus judicieux de lancer ces campagnes bien plus tôt, avant ramadan. C’est un peu tard maintenant.
De même pour les messages de ces campagnes, je ne suis pas sur que ce soit les plus appropriés. Mais bon, nous n’avons pas été associé à la réflexion. Nous avons été mis devant le fait accompli.

Concernant le tourisme national, comment se fait-il que les marocains payent toujours leur hôtel plus cher que les touristes étrangers?

Je ne suis pas d’accord. Sur le site de Kounouz Biladi, il y a le juste prix. Ce sont les mêmes tarifs que sur booking qui est le tarif de référence.

Pour booster le tourisme interne, le projet des chèques-vacances est dans le pipe. C’est un projet viable selon vous?

Aujourd’hui, le tourisme national représente 28% des nuitées dans les établissements classés. L’objectif est d’arriver à 40% afin que nous puissions asseoir le tourisme national et ne plus être dépendant exclusivement du tourisme international.

Pour cela, il faudrait booster le pouvoir d’achat des marocains. Nous arrivons a capter la CSP A, maintenant il faut qu’on arrive a toucher les CSP B et C, qui se dirigent presque exclusivement vers l’informel mais qui aspirent à de vraies vacances.
Les chèques vacances, appelés maintenant cartes vacances, vont permettre à cette frange de la population d’avoir un véritable budget vacances et donc de voyager dans des établissements hôteliers.

Le projet a été présenté à la CGEM qui l’a approuvé et est prête à s’impliquer afin de bonifier l’épargne de ses salariés, mais à la seule condition, c’est que la part patronale de cette prime soit défiscalisée.
La CGEM va le présenter dans ces doléances pour le projet de Loi de Finances 2016.
On espère que ce soit opérationnel en 2016.

Vous êtes content des avancés obtenues pour le tourisme national?

Le nouveau calendrier scolaire, c’est une grande avancée. Il y a une véritable prise de conscience des opérateurs de l’importance du Tourisme national, notamment pour booster le tourisme international. L’un ne va pas sans l’autre.

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