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Guerre en Iran : le tourisme mondial en crise, le Maroc entre menaces et opportunités

Guerre en Iran : le tourisme mondial en crise, le Maroc entre menaces et opportunités

Depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, l’industrie touristique mondiale traverse une onde de choc dont les répercussions se font sentir bien au-delà du Moyen-Orient. Le Maroc, destination phare de la Méditerranée, se retrouve dans une position paradoxale : entre risques indirects et opportunité unique de capter les flux de voyageurs en fuite de la région.

Le conflit a frappé une région en plein essor. En 2025, quelque 100 millions de touristes s’étaient rendus au Moyen-Orient, soit près de 7 % du total des touristes internationaux recensés dans le monde selon l’ONU Tourisme.  Cette dynamique prometteuse s’est brutalement interrompue. Après les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran, les marchés de l’énergie, le commerce, les transports, l’aviation et le tourisme figurent parmi les secteurs les plus durement affectés.

Selon Tourism Economics, les arrivées au Moyen-Orient pourraient reculer de 11 % à 27 % en 2026, alors que l’organisme prévoyait initialement une croissance de 13 % pour la même année. En termes absolus, cela représente entre 23 et 38 millions de visiteurs internationaux en moins et une perte comprise entre 34 et 56 milliards de dollars de dépenses touristiques.

Les effets sur le terrain sont immédiats et dévastateurs. En Jordanie, le taux d’occupation hôtelière à Pétra est tombé à moins de 6 %, avec une baisse du nombre de touristes dépassant 90 % dans certaines zones. En Égypte, plusieurs sources évoquent des pertes de 10 % à 30 % des revenus touristiques selon l’évolution de la situation et la perception du risque à proximité de la mer Rouge.

Selon BFM, « Les aéroports du Moyen-Orient représentent environ 14 % de l’activité mondiale de transit international, ce qui génère inévitablement des répercussions au-delà de la région ».

En France, le réseau d’agences Selectour a mesuré l’ampleur du choc. Les annulations seraient de l’ordre de 15 à 20 % depuis le début du conflit. La Thaïlande, le Vietnam, Hong Kong ou le Japon, sont également touchés pour tous ceux qui transitaient via les vols Emirates ou Qatar Airways par Dubaï ou Doha.

Les réservations depuis la France ont chuté de 34 % pour l’Égypte et de 50 % pour la Jordanie, tandis que les ventes vers la Thaïlande reculent d’environ 15 %. Les tour-opérateurs évoquent un phénomène de « report » plutôt que de renoncement total aux vacances.

Dans ce contexte de redistribution des flux touristiques mondiaux, le Maroc se positionne comme l’une des destinations susceptibles de bénéficier d’un transfert de clientèle..

Certains pays méditerranéens se positionnent comme des refuges touristiques. L’Espagne, notamment, attend un afflux de voyageurs qui renoncent à l’Égypte, la Jordanie ou Dubaï, les professionnels espagnols anticipant un report vers les îles Baléares, les Canaries et les grandes régions balnéaires.  Le Maroc, perçu comme une destination arabe, culturelle et sûre, pourrait capter une part significative de cette demande réorientée.

La géographie joue en faveur du Royaume. Le Maroc se situe à l’extrême nord-ouest de l’Afrique, avec des routes aériennes directes depuis l’Europe qui ne dépendent pas des hubs du Golfe. Les vols directs depuis la France et l’Europe vers Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger ou Rabat sont les plus résilients face à l’instabilité régionale.

L a situation place le Royaume dans un équilibre délicat. La crise actuelle révèle à la fois la fragilité d’un secteur touristique mondial trop concentré sur quelques destinations et la résilience relative d’un Maroc qui a su, au fil des années, construire une image de stabilité. La durée du conflit sera déterminante : une guerre brève pourrait se traduire par un bénéfice net pour le tourisme marocain ; une conflagration prolongée risquerait, elle, d’embraser l’ensemble des perceptions dans la région MENA, faisant du Maroc non plus un refuge, mais une victime collatérale supplémentaire.

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