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Les grandes attentes des professionnels face au nouveau ministre

Les grandes attentes des professionnels face au nouveau ministre

La nomination de Jalal Charaf à la tête du ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie solidaire ouvre une nouvelle séquence pour le secteur. Entre ambitions nationales, réalités du terrain et impératifs de compétitivité, les opérateurs attendent désormais des décisions fortes, des moyens à la hauteur des enjeux et une capacité à transformer la dynamique touristique en croissance durable.

Le tourisme marocain aborde cette nouvelle étape avec une longueur d’avance et une exigence à la mesure de ses ambitions. La destination séduit, les investissements s’accélèrent, les marchés internationaux répondent présents et la perspective de 2030 imprime au secteur un rythme inédit. Après avoir accueilli 19,8 millions de visiteurs en 2025 et généré 138 milliards de dirhams de recettes, le Royaume poursuit sa dynamique avec 15,7 millions d’arrivées à fin septembre 2026. Des performances qui placent le nouveau ministre du Tourisme devant une responsabilité majeure, celle de consolider les acquis tout en répondant aux fragilités structurelles d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.

La première attente concerne les moyens budgétaires. Avec près de 2 milliards de dirhams prévus pour le tourisme dans le projet de loi de finances 2026, les ressources publiques méritent d’être réévaluées à l’aune des ambitions nationales. Un secteur qui génère 138 milliards de dirhams de recettes voyages et vise 26 millions de visiteurs à l’horizon 2030 doit disposer de moyens à la hauteur de son poids économique. Les professionnels attendent du nouveau ministre qu’il défende une augmentation substantielle des crédits consacrés au développement touristique.

La compétitivité de l’offre constitue un autre chantier prioritaire. Rénovation du parc hôtelier, modernisation des établissements, diversification des expériences, animation et amélioration du rapport qualité-prix deviennent des impératifs face à une concurrence internationale particulièrement offensive. Les dispositifs Cap Hospitality et Go Siyaha devront gagner en efficacité, notamment pour accompagner les PME. Simplification administrative, accès au financement et mobilisation du foncier restent également au cœur des préoccupations des investisseurs.

Le capital humain représente un défi tout aussi déterminant. Avec quelque 894 000 emplois directs en 2025, le tourisme constitue un formidable bassin d’activité. Mais les besoins en compétences s’intensifient. Formation, recrutement, fidélisation des talents et attractivité des métiers appellent une réponse structurelle. La montée en gamme de la destination exige des ressources humaines capables de porter une véritable culture du service.

Autre enjeu majeur, la création de valeur. Au-delà du nombre de visiteurs, les professionnels souhaitent voir progresser la durée moyenne de séjour et la dépense touristique. Avec près de 98 milliards de dirhams de recettes voyages à fin août 2026, l’ambition doit désormais porter sur la capacité à prolonger les séjours, enrichir les expériences et encourager les circuits multidestinations.

Le rééquilibrage territorial figure également parmi les grandes attentes. Si Marrakech, Agadir, Casablanca et Tanger demeurent des locomotives, des destinations comme Ouarzazate, Fès-Meknès, Tétouan, Al Hoceïma ou Saïdia nécessitent un accompagnement plus soutenu. Dakhla doit poursuivre la structuration de son offre. Connectivité aérienne, désenclavement, infrastructures d’accueil et animation appellent des réponses adaptées à chaque territoire.

Le tourisme interne mérite également une stratégie plus ambitieuse. Le marché national représente un levier de résilience, de désaisonnalisation et de développement régional. Encore faut-il construire une offre adaptée au pouvoir d’achat des ménages marocains, encourager les séjours hors saison et rendre davantage de destinations accessibles aux familles. Le tourisme national mérite une stratégie structurée, pensée comme un marché à part entière.

À ces chantiers s’ajoutent les préoccupations quotidiennes des entreprises. Fiscalité, transformation numérique, charges d’exploitation, concurrence informelle et réglementation des nouvelles formes d’hébergement pèsent sur leur compétitivité. Les opérateurs attendent des mesures concrètes, mais aussi un dialogue public-privé régulier, capable de transformer les engagements en résultats.

L’échéance de 2030 impose enfin une discipline d’exécution exigeante. Hébergement, mobilité, infrastructures et qualité des services devront progresser de manière coordonnée. Pour Jalal Charaf, le véritable enjeu sera de faire converger deux temporalités. Celle des grandes ambitions nationales, qui dessinent le tourisme marocain de demain, et celle des entreprises, qui doivent chaque jour investir, recruter, accueillir et rester compétitives.

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