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A Rabat et Casablanca, le Comité des Slots est-il réellement impartial?

A Rabat et Casablanca, le Comité des Slots est-il réellement impartial?

Le transport aérien continue d’alimenter les débats au Maroc et les décisions prises sont parfois remises en question. Aujourd’hui, le sujet qui interpelle la profession est celui du comité des slots. A la veille des programmes d’été 2014, sa neutralité est remise en question par une partie de la profession. Le lobbying de la RAM serait-il à l’origine de cette situation ?

En août dernier, le ministère de l’équipement, du transport et de la logistique a mis en place, par le biais d’une circulaire, un « comité des slots » chargé d’affecter les créneaux horaires des compagnies aériennes désirants desservir le Maroc.

Dans la foulée, les aéroports de Rabat et de Casablanca ont été classés aéroports de catégorie 3, c’est à dire des « aéroports entièrement coordonnées » pour l’affectation des slots.

L’essentiel du travail de ce comité s’effectue donc sur ces deux aéroports puisque pour le reste des aéroports, de catégorie 1 ou 2, soit ils sont non coordonnés, soit partiellement coordonnés.

Or, aujourd’hui, les compagnies aériennes qui desservent le Maroc préparent leurs programmes de vols de l’été 2014 qu’ils doivent boucler avant fin janvier prochain et certaines, en particulier les low-cost se voient refuser des créneaux-horaires pour leurs slots sous prétexte qu’il y a congestion de ces aéroports. Et toute la problématique est là …

Les questions qui se posent donc sont :
– Les aéroports de Casablanca et deRabat sont-ils soumis à cette coordination car il y a réellement congestion ou est-ce un moyen déguisé de protéger l’instrument national, à savoir la RAM ?

– Cette congestion, si réelle soit-elle, a-t-elle fait l’objet d’une étude scientifique de la part de l’autorité aéroportuaire, en l’occurrence l’ONDA ?

– Comment se fait-il que ce comité soit présidé par un ancien de la RAM, en l’occurrence Saad Azzioui, qui a quitté la compagnie nationale il y a, à peine, quelques mois ?

A noter que nous avons essayé de joindre M. Azzioui, mais qu’il s’est refusé à tout commentaire…

La situation est telle aujourd’hui que certaines compagnies Low-Cost menacent de geler leur plan de développement pour 2014 comme Easy Jet, Vueling.

Un fait d’autant plus alarmant que 80% du trafic aérien est aujourd’hui effectué par les compagnies low-cost.

On se souvient, il y un peu plus d’un mois de cela, la même situation s’était produite avec Ryanair à laquelle ont avait refusé des ouvertures de lignes sur Rabat, sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’une destination touristique. Un argument qui avait choqué plus d’un opérateur, Rabat étant une ville touristique à part entière.
Selon certains experts avertis, « la politique touristique et aérienne du pays est géré une petite poignée de personnes. Le danger est là ».
L’opacité qui entoure la ligne directive de ce comité, sa neutralité et ses intérêts réels dérangent aujourd’hui certains.

« Ces six derniers mois, nous avons enregistré une croissance à deux chiffres de l’activité aérienne sur le Maroc. Ce n’est pas le moment de la freiner » souligne un expert du secteur.

A bon entendeur…

– Pour essayer d’avoir quelques éléments de réponse, nous avons donné la parole a Nabil Lakhel, Directeur du Transport aérien au ministère de l’équipement, du Transport et de la logistique. Si sur certains points, il sait être convaincant, sur d’autres il peut l’être un peu moins. Nous vous laissons en juger.

Tourisma Post : Vous avez créé, il y a quelques mois des comités des slots pour réguler le transport aérien. Pouvez vous nous en dire plus ?

Nabil Lakhel :Nous avons annoncé la libéralisation du transport aérien en 2004. Un package de réglementation à accompagner cette libéralisation. Nous avons d’abord instauré des comités locaux à Agadir, Casablanca et Marrakech. Dans ces comités, il y avait le directeur de l’aéroport, les représentants des compagnies aériennes, des handlers et les autorités locales.

De 2004 à 2013, nous avons fonctionné de cette manière mais il s’est avéré par exemple que Casablanca connaît un encombrement important. De plus les ressources ne répondent pas à la demande. La gestion de l’aéroport est devenue difficile surtout aux horaires de pointe, soit le matin et ce jusqu’à 13H.

Car toutes les compagnies demandent les mêmes horaires donc cela se répercute sur le flux.

Nous avons donc pensé à réguler cette fluctuation.

Nous avons fait un benchmark sur des pays importants comme l’Italie, la France, l’Espagne, l’Allemagne, l’Angleterre, la Turquie… et quelques pays scandinaves.
Tous ces pays ont un organisme indépendant dont la mission est la gestion des slots. Nous en avons donc fait de même.

Tourisma Post : Vous avez mis en place un classement des aéroports, Casablanca et Rabat, sont considérés catégorie 3, c’est à dire entièrement coordonnés, pourquoi ?

Nabil Lakhel :Nous recevons régulièrement les doléances des gens. Tout le monde demande une bonne qualité au niveau de l’aéroport. Nous ne pouvons pas l’avoir avec une congestion. Nous avons donc revu l’ancienne circulaire et mis en place une nouvelle, en collaboration avec les deux compagnies marocaines : RAM et Air Arabia.
Lorsque nous l’avons fait, nous avons mis en place des gardes-fous comme un conseil d’administration où les grandes compagnies qui desservent Casablanca siègent. Ce conseil est présidé par la RAM comme c’est le cas partout dans le monde. En France, c’est Air France qui préside le même CA. En Allemagne c’est Lufthansa, en Espagne Ibéria…

Les Etats mêmes s’ils parlent de libéralisation, protègent leur instruments.

Nous en avons fait l’expérience plusieurs fois par le passé. Atlas Blue, par exemple, s’était vu refuser plusieurs fois des slots en Espagne et en Angleterre.
Casablanca doit donc être entièrement coordonné pour assurer son décongestionnement.
Juste après que nous ayons pris cette décision, les tunisiens ont déclaré leur aéroport de Tunis entièrement coordonné de catégorie 3. Nous ne sommes pas les seules, vous le voyez bien.

Tourisma Post : Ce comité des slots est présidé par un ancien RAM qui vient de quitter la compagnie cette année. N’avez-vous pas peur qu’on remette en cause la crédibilité de ce comité ?

Nabil Lakhel : Gérer les slots est une profession, une expertise que nous n’avons pas au Maroc.
Lorsque nous avons cherché la personne qui allait pouvoir négocier avec les compagnies aériennes, nous avons trouvé que le profil de M. Azzioui était celui qui répondait le mieux à nos demandes. Notre administration a donc demandé cette compétence mais à la condition qu’il quitte la RAM. C’est ce qui a été fait.
Il faut prendre les ressources là où elles existent. C’est notre décision et nous l’assumons

Tourisma Post : Il y a un mécontentement de certaines compagnies low-cost comme Easy Jet qui menace de geler son développement. Qu’en pensez-vous ,

Nabil Lakhel : Le Maroc a les bras ouvert ouverts pour accueillir toute nouvelle compagnie qui le désire depuis 2004.
La politique a été d’encourager ces compagnies parqu’ils répondent à notre volonté d’accompagner la Vision du secteur touristique et d’assurer le service sur les aéroports point à point comme Agadir, Marrakech, Tanger…
Les compagnies doivent investir aujourd’hui sur des régions comme Ouarzazate, c’est ce que nous encourageons.

Tourisma Post : On vous a reproché de ne pas considérer Rabat comme une ville touristique… Que répondez-vous…

Nabil Lakhel : Ce n’est pas à nous de répondre à cette question, c’est au ministère du Tourisme. Rabat est pour nous, la capitale administrative.

A.J

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